Kassovitz, La Haine dans le sang

La Haine est sorti en 1995 et pourtant, 25 ans plus tard, le film est toujours d’actualité. Mathieu Kassovitz, son réalisateur, fait partie des artistes engagés qui ont mit la lumière sur des banlieues à l’abandon et dénoncé la fracture sociale entre la France et ses quartiers. 

Il est un personnage à part dans le cinéma français. Entre son père, Peter Kassovitz, réalisateur, et sa mère monteuse de film, Mathieu Kassovitz a été élevé dans le septième art. Né à Paris en 1967, c’est au milieu des années 1990 que le réalisateur s’est révélé aux yeux du grand public. Après un premier succès en 1993 avec « Métisse », son premier long-métrage, il tourne en 1995 un film qui deviendra classique : « La Haine ». Mathieu Kassovitz a commencé l’écriture de « La Haine » deux ans plus tôt, en 1993, lorsque Makomé M’Bowolé fût tué à bout portant d’une balle dans la tête par un inspecteur de police dans un commissariat du 18ème arrondissement de Paris. Fortement inspirée de ce scandale, l’oeuvre dresse le portrait de la jeunesse des quartiers populaires, délaissée, confrontée à la violence policière et à l’ennui. 

Dès sa sortie, le film choque le public et fait plus de deux millions d’entrées. « La Haine » représente à l’époque (et encore aujourd’hui), les jeunes issus de l’immigration et l’explosion du mouvement Hip Hop en France. Une première dans le cinéma français. Mathieu Kassovitz reçoit l’année suivante le César du meilleur film mais, lors de la cérémonie, il n’est pas présent. Un deuxième faux bond à la remise de prix après son absence en 1995 pour recevoir le prix du meilleur espoir masculin pour « Regarde les hommes tomber » de Jacques Audiard. En effet, le réalisateur s’est toujours tenu à l’écart du strass et des paillettes. 

Divorce avec le cinéma

Mathieu Kassovitz n’a plus réalisé de film depuis 2011 et « L’ordre et la morale ». Une prise de distance, peut-être définitive, qui est en partie due à « La haine ». « Je vais peut-être arrêter le cinéma à cause de La Haine. Parce que je ne pourrai jamais faire mieux. J’ai longtemps essayé d’analyser ce succès mais aujourd’hui je suis obligé de baisser les bras » a-t-il confié au magazine Premiere. Le réalisateur est en effet fier de sa filmographie, conscient d’avoir marqué de son empreinte le cinéma français : « J’ai réalisé des films que personne n’a réalisés. Réussir à faire “La haine”, un film en noir et blanc sur les banlieues, arriver à faire “Assassin”, un film ultraviolent sur les médias, arriver à faire “L’ordre et la morale”, “Babylon A.D.”… Ce sont des expériences que très peu de réalisateurs ont vécues ». De plus, il ne semble pas être en phase avec le cinéma actuel où selon lui la technologie a pris le pas sur la technique et l’inventivité des réalisateurs. Dans une interview donnée à Paris Match, il explique « Si j’estime être bon, faut que je tombe sur un mec dont je puisse penser : “Putain, je ne comprends pas comment il a fait !” Or, aujourd’hui, la réponse sera toujours : “Ça a été fait en digital.” Donc ce n’est qu’une histoire de budget, ce n’est plus une histoire d’invention ». Alors depuis 2015, loin du cinéma, « Kasso » se consacre au petit écran en interprétant le rôle principal dans la série Le Bureau des Légendes.

Kassovitz, l’incorrect

« J’encule le cinéma français. Allez vous faire baiser avec vos films de merde ». Ce coup de gueule de Mathieu Kassovitz est intervenu en 2012, lorsque ce dernier apprenait que son septième film, « L’ordre et la morale », était nommé uniquement au César du meilleur scénario adapté. « Je m’en fout des César. Je n’y ai jamais mis les pieds. Je suis juste choqué par le manque d’intérêt. Je devrais faire des films plus simple » avait-il déclaré. Ces propos avaient suscités l’indignation de certaines personnalités du cinéma ainsi que du public qui le qualifiait d’arrogant, ce à quoi le réalisateur avait courtoisement répondu : « Narcissique et prétentieux. Je le suis. Je l’affirme. Je vous emmerde. Bonne journée ». Des années plus tard,il ne regrette rien : « C’était normal que je réagisse comme je l’ai fait. L’Ordre et la morale n’est pas nominé aux César, qu’est-ce qu’il faut en conclure ? Que vous ne voulez pas de cinéma-là ? Que vous ne voulez plus de films politiques et combattants ? On est en France, merde, le pays qui a accueilli Costa Gavras ! Si vous voulez tuer cette idée du cinéma, alors, oui, allez vous faire enculer avec vos films de merde »

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