Socrates, capitaine de la démocratie brésilienne

 Socrates a marqué l’Histoire du football et du Brésil. Joueur élégant, star de la sélection brésilienne dans les années 80, il a révolutionné son époque en jouant un rôle majeur dans la construction démocratique de son pays. 

Socrates Brasileiro Sampaio de Souza Vieira de Oliveira, plus connu sous le nom de Socrates, est né le 19 février 1954 à Belém. Le monde est en pleine Guerre Froide et la majorité des pays d’Amérique du Sud connaissent alors la dictature. Le Brésil ne déroge pas à la règle. Le 31 Mars 1964, Socrates a 10 ans, un coup d’état orchestré par le maréchal Castelo Branco renverse le gouvernement en place et instaure la dictature militaire.

Le Brésil sombre alors dans la violence et Socrates passe son adolescence dans un climat politique extrêmement tendu. Il avouera plus tard avoir ressenti cette répression, notamment au lycée. « Il y avait des camarades de classe qu’il fallait cacher, d’autres qui s’enfuyaient » a-t-il expliqué. Malgré ce contexte instable, Socrates est un élève brillant et obtient son doctorat en médecine. Un diplôme qui lui vaudra le surnom d’O Doutor, le docteur. 

Si Socrates doit en grande partie sa légende à son esprit, ce sont d’abord ses pieds qui l’ont révélés aux yeux du monde. Milieu de terrain longiligne et élégant, il débute sa carrière dans le club de sa ville, Riberão Preto, en 1974. Doté d’une technique remarquable et d’une vision de jeu clairvoyante, il se révèle comme l’une des nouvelle figures du football brésilien. En 1978, il rejoint le SC Corinthians qui vient alors de remporter le championnat de São Paulo pour la 16ème fois. De 1978 à 1984, O Doutor dispute 297 matchs pour 172 buts avec le Corinthians, de quoi faire de lui l’un des meilleurs buteurs de l’Histoire du club. Ses prestations en club et en équipe nationale, notamment lors de la Coupe du monde 82, le hissent au sommet du football mondial. Après six saisons marquantes chez le Timão, Socrates traverse l’Atlantique pour rejoindre l’Italie et la Fiorentina. À son arrivée, il déclare « Je suis ici pour lire Antonio Gramsci (fondateur du Parti communiste italien) en langue originale ». Son transfert s’avèrera être un véritable échec. Il quitte finalement Florence seulement un an après son arrivée au terme d’une saison décevante. Après son expérience italienne, Socrates retourne au Brésil et signe au Flamengo. Il mettra à terme à sa carrière de footballeur trois ans plus tard après de courts passages à Santos et Botafogo. Une carrière brillante récompensée par de nombreux titres, la majeure partie remportée avec le blanc et noir du Corinthians.

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Pionnier de la démocratie corinthiane 

Socrates doit son prénom à Socrate. Un prénom qu’a choisi son père, Raimundo, grand amateur de littérature, en hommage au célèbre philosophe grec. Heureusement, cet héritage intellectuel ne se limite pas à un nom. Socrates reçoit une éducation formidable qui lui permet de s’affirmer. Il est un homme de pensée, un homme de convictions. Ce sont ces mêmes convictions qui lui ont permis de marquer autant les esprits et de devenir, lors de son passage au Corinthians, l’un des pionniers de la démocratie au Brésil.

Le slogan « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie » porté par Socrates et ses coéquipiers du Corinthians ©Antonio Lucio

L’histoire de la démocratie corinthiane débute en 1981. Le SC Corinthians change alors de président et Waldemar Pires, homme d’affaires de São Paulo, prend la tête du club. Il nomme comme directeur sportif un certain Adilson Monteiro Alves. 

Ce dernier, sociologue, a séjourné en prison pour s’être opposé à la dictature militaire. Radicalement opposé au gouvernement brésilien de l’époque, Monteiro espère changer les choses. 

S’il sait qu’il ne pourra pas renverser la dictature à lui seul, Monteiro met en place une démocratie au sein du club. Pour se faire, il s’appuie sur les cadres de l’équipe, particulièrement Socrates, qui devient le porte drapeau de cette nouvelle mentalité. L’idée de démocratie est mise au centre du projet et chaque décision est soumise à un vote au sein de l’équipe. Les Corinthians ajoutent même sur leur maillot le terme “démocratie” ainsi que des tâches rouges représentant le sang des opposants. Une révolution dans le football brésilien qui dépasse rapidement le cadre sportif. Porté par un Socrates capitaine de la sélection brésilienne, le Timão est l’un des clubs les plus populaires du pays et fédère de plus en plus de Brésiliens qui se révoltent. La situation s’améliore alors peu à peu. En 1984, Sócrates est à l’apogée de sa carrière et de sa popularité. Il pose alors un ultimatum au pouvoir en exigeant des élections présidentielles libres. Il n’obtient finalement pas gain de cause et des élections au scrutin indirect donnent quelques mois de répit au régime militaire. O Doutor, furieux, part alors poursuivre sa carrière en Italie. Le régime militaire prendra finalement fin quelques mois plus tard et Tancredo Neves sera élu président du Brésil. 

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